Sans un mot… : Entretien avec la dessinatrice Elena Ominetti

Publié le 26/12/2022

Entretien avec la dessinatrice et autrice de BD Elena Ominetti pour "Sans un mot..."

Pour la première en France, Elena Ominetti publie aux éditions Tabou un roman graphique autour de quatre histoires autour de fantasmes féminins sans qu'une parole ne soit prononcée par les protagonistes. La liberté de son imagination au bout de son crayon, l'autrice et illustratrice italienne Elena Ominetti partage ici quelques éléments de son univers.

Cédric Lépine : Pouvez-vous présenter vos différentes activités artistiques dans la BD ?

Elena Ominetti : J’ai commencé travailler comme dessinatrice de BD au sein du collectif d’autoproduction italien Cappuccino ExPress avec lequel j’ai publié l'album Caroline en 2019 et un sketchbook érotique Lovemusic en 2020. En 2018 avec l’éditeur Cronaca di Topolinia j’ai travaillé sur différentes séries, surtout sur la série Doyle. En 2021, j’ai travaillé avec Tacotoon, un site de webcomics, où j’ai dessiné la série Caduta Libera.

Elena Ominetti © DR

Je collabore avec différents éditeurs de bandes dessinées indépendants américains, comme Space Between Entertainment avec lequel j'ai dessiné la série Smoke Weed, See the Future. En outre, j’ai développé un autre collectif d’autoproduction en Italie, avec des collègues, Dark Gun Comics où nous mettons en œuvre des projets de crowdfunding.

Sans un mot... paru aux éditions Tabou est ma première publication en France.

C. L. : Qu'est-ce qui vous intéressait dans le projet Sans un mot... ?

E. O. : J’ai été toujours intéressée par l’art et en particulier par la BD érotique. Je connaissais l’éditeur Tabou avec lequel j’avais très envie de travailler. Au début, je n’ai pas pensé leur proposer un projet mais seulement mon portfolio. C'est ensuite que j’ai eu l’idée d’une anthologie : des petites histoires excitantes et amusantes complètement muettes. J’aime la BD muette et je pense que dans certaines situations les paroles sont tout à fait inutiles.

C. L. : Pour imaginer un récit sans paroles, est-ce que le cinéma muet a-t-il été une inspiration pour vous dans vos dessins ?

E. O. : Non, pour être honnête la réponse est beaucoup plus simple et plus récente. J’ai été inspirée par la série Love de Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci (Vents d'Ouest) et la BD de Shaun Tan Là où vont nos pères (Dargaud). Je connaissais déjà la BD muette grâce à Moebius, mais ce sont ces deux œuvres qui m’ont inspirée.

C. L. : Comment avez-vous travaillé avec Jerrert ? Vos dessins ont-ils inspiré le récit et réciproquement ?

E. O. : Jerrert m’a beaucoup aidé à trouver des idées qui ne soient pas trop simplettes, car dans l’érotisme il est très facile d’être banales. Nous n’avions pas la présomption d’avoir les meilleures idées du monde, mais notre finalité était celle d’amuser le lecteur et lui faire passer un beau moment avec nos histoires. Nous avons donc écrit ensemble les histoires de Sans un mot... et avons fait beaucoup de brainstorming avant de tout coucher sur le papier.

C. L. : La forme brève des quatre histoires permet de conserver l'anonymat des protagonistes dont on connaît peu de choses de leur vie : ce parti pris était-il essentiel pour vous ?

E. O. : Oui, c’est comme quand on a un copain de baise : je ne veux pas trop savoir de lui sinon on risque de tomber amoureuse et briser la magie des moments. Une anthologie signifie des petites aventures qui laissent de beaux souvenirs sans constituer un engagement.

Ça ne veut pas dire qu’un jour je ne vais pas m’engager dans un récit plus long, un jour je pourrai prendre un de ces personnages et lui donner un nom.

C. L. : Votre palette colorimétrique privilégie la bichromie : était-ce là aussi un moyen pour toucher l'aspect synthétique du récit comme pour le muet ?

E. O. : L’idée originale était celle de n’utiliser que le gris comme dans la BD Esmera de Vince et Zep (Glénat), mais grâce à des conseils très précieux de mon ami et ex-enseignant de l’école de BD Fabrizio Pasini, j’ai ajouté le rouge. De cette façon, la première histoire de l’anthologie L’Objet du délit est née. Suivant le conseil de mon éditeur, j’ai utilisé des autres couleurs pour les autres histoires. On peut dire que le choix de la bichromie est équivalent à celui de faire une BD muette. J’ai voulu mettre en valeur la simplicité au sein de l’œuvre et mettre en évidence seulement certains éléments dans les planches.

C. L. : Est-ce que vous pensez à un public en particulier quand vous commencer à vous plonger dans l'imaginaire du récit que vous décrivez ?

E. O. : J’imagine révéler mes fantasmes à des amis, leur raconter mes expériences et celles que je voudrais faire. J’imagine aussi écouter ce qu’ils me veulent dire sur leurs fantasmes et expériences. Ça semble plus un dialogue entre des amis qu’un récit destiné au public. Souvent, les personnes aiment écouter les autres parler de sexe.

Je peux donc dire que je n’imagine pas un public en particulier, mes histoires sont pour toutes et tous.

C. L. : Alors que les femmes sont peu nombreuses dans la littérature érotique, est-ce que vous voyez votre implication dans ces éditions comme une manière de vous réapproprier et défendre les fantasmes féminins ?

E. O. : C’est vrai, les femmes ne sont pas nombreuses, mais ça ne signifie pas qu’elles n’ont pas de fantasmes et envie de faire du sexe comme les hommes. On a souvent pensé que l’érotisme et la pornographie sont quelque chose destiné à un public masculin et en fait ça a toujours été comme ça. Pourtant, les femmes aiment l’érotisme autant que les hommes, même si elles ont été souvent amenées à penser qu’elles doivent avoir honte d'aimer certaines choses. C’est la façon dans laquelle j’ai grandi, surtout parmi les personnes de mon âge à l’école supérieure pour lesquelles une femme qui pense au sexe et parle de sexe est une femme facile.

Il est normal pour toutes les femmes et les hommes de penser au sexe. Vouloir le représenter dans mes dessins signifie pour moi faire comprendre au monde que nous, les femmes, avons des fantasmes et des désirs autant que les hommes et nous ne voulons pas être jugées pour ça. Malheureusement, nous sommes encore loin de la situation où nous pouvons nous protéger de ce jugement. Je n’ai pas la prétention d'être un exemple pour d'autres femmes mais je suis une de celles qui n’ont plus peur de parler de leurs fantasmes.

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