Eros & Thanatos : Qu’on se le dise, Raúlo Cáceres compte parmi les maîtres de la bande dessinée actuelle.

Publié le 19/08/2022

On pourrait dire qu’il y a du Jérôme Bosch dans l’art de Raúlo Cáceres, qu’Hans Rudi Giger ou Roland Topor auraient été émoustillés à l’idée de partager une exposition avec lui, ou encore que l’Enfer de Dante dépeint par Gustave Doré trouverait un pendant contemporain idéal si le dessinateur espagnol se lançait dans la même entreprise gigantesque d’illustration… On pourrait le dire et, en tout cas, on le pense une fois plongé dans le superbe art book que voici, recueil de 80 pages rassemblant des œuvres presque toutes inédites que l’auteur des Saintes Eaux et d’Elizabeth Bathory a réalisées pour la plupart entre 2018 et 2021. Une poignée d’entre elles étaient vouées à illustrer des affiches, des couvertures de magazines ou des pochettes d’albums, cependant la plupart sont nées sans finalité particulière, sinon qu’elles concrétisent les élans d’inspiration exubérante de leur auteur.

« Avec la froideur du Golem », 2021 (détail)

Le titre choisi pour le livre est sans ambguïté, l’amour et la mort, le sexe et la violence sont les traits communs qu’on retrouve d’une planche à l’autre. Naviguant entre érotisme (beaucoup) et pornographie (un peu), Cáceres dévergonde des personnages bien connus : Batman et Poison Ivy, la Créature du marais, celle de Frankenstein, les héros du Seigneur des anneaux et bien d’autres… Ellen Ripley aussi est de la partie, serrée de près par l’Alien, et une Daenerys Targaryen tout sourire se livre à la débauche sous l’œil concupiscent de son dragon. L’artiste évoque également une période noire de l’Histoire espagnole sous la forme d’une allégorie sexy et sanglante (« Morts récalcitrants de 1936 », page 44), revisite quelques célèbres récits et créatures mythologiques, etc.

« Immenses Cavernes », 2021 (détail)

La force des contrastes va de pair avec celle des compositions, la densité des ombres n’empêche pas un fourmillement de détails, et il serait intéressant à ce titre de connaître les dimensions originales des œuvres reproduites (« Lady Death sur son trône », p. 48, suffirait à justifier une réédition de l’art book en très grand format, de ceux qui ne tiennent sur aucune étagère !). Ajoutons aussi que de brefs commentaires de l’auteur accompagnant les dessins auraient également été utiles pour nous éclairer sur les choix de ses sujets. Mais une chose est sûre : quand bien même son travail s’adresse uniquement aux regards adultes que la poésie noire, l’humour macabre, le sang et l’obscénité n’effraient pas, Raúlo Cáceres — qu’on se le dise, quitte, peut-être, à froisser sa modestie — compte parmi les maîtres de la bande dessinée actuelle.

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