Les Arcanes de la Maison Fleury, 1 : Prostitution et crimes de sang dans l'Angleterre Victorienne.

Publié le 28/06/2021

Presque 150 ans après, Jack l'éventreur continue de hanter l'inconscient collectif. Ce mythe moderne n'en finit pas d'alimenter l'imagination féconde des auteurs de bande dessinée, du Peter Pan de Loisel à From Hell d'Alan Moore et la bande dessinée érotique n'en est pas exempte vu que cela permet d'intégrer au récit de facto : l'Angleterre victorienne avec son lot de convenances et une esthétique à part, les bordels d'une époque révolue qui apparaît maintenant comme un âge d'or de la prostitution, et bien sûr, meurtres abominables. Un savant cocktail d'érotisme et de violence, le tout enrobé d'action et d'intrigues.


La première victime

 

Dans Les arcanes de la Maison Fleury, on se situe peu de temps après 1888 mais déjà de nouveaux crimes défraient la chronique faisant penser au retour de Jack l'éventreur. S'agissant d'un tome d'exposition pour une série prévue de trois albums, on aura bien entendu droit à la présentation de personnages principaux, ce qui n'empêche pas de faire évoluer l'intrigue. Bien sûr, sera mise en avant Madame Fleury, tenancière de la maison de passe, mais aussi certaines de ses filles que ce soit Edith à la peau d'ébène, Odette ancienne du Moulin Rouge ou Nana, la naine issue du cirque. Toutes auront droit à un petit flashback qui permet de comprendre leur arrivée dans la prostitution mais aussi de familiariser le lecteur avec les pensionnaires de la maison. Tout cela est mis en place pour introduire Pearl, véritable héroïne au centre du récit. Une nouvelle arrivante destinée à rester vierge ce qui induit rivalités de la part de ses collègues et surtout augure d'un grand mystère quant aux raisons de cette pureté à conserver. Pour tout de même être rentable dans cette maison où les corps se vendent, elle deviendra la muse de Lloyd, photographe érotique. Tandis que Pearl devient de plus en plus troublante, l'enquête se poursuit, nous emmenant dans la loge du magicien Arturo Longhini, principal suspect dans l'affaire de ces prostituées tuées dans une mise en scène macabre.
Nana

 

L'intrigue est plutôt intéressante, reprenant les grands thèmes de Jack l'éventreur et de Sherlock Holmes avec des enjeux qui dépassent l'enquête de routine et beaucoup de mystères confinant au fantastique. Cette atmosphère étrange de l'époque victorienne où magie et occultisme ne sont jamais bien loin est très bien rendue. Il y a une part d'étrange qui traverse l'album, un petit quelque chose qui trouble le lecteur au-delà de Pearl qui dégage un potentiel érotique entre la fascination et l'ensorcellement. En cela, le récit est très bien mené, d'autant qu'il est servi par un dessin efficace mettant en relief cette ambiance particulière dans le choix des couleurs, comme si on était dans un théatre fantômatique. Sans oublier évidemment les qualités graphiques incontestables avec un trait maîtrisé et un véritable souci des corps conférant à l'album toute sa sensualité. On remarquera notamment les poses lascives de Pearl face à la caméra qui crève l'écran et dont la beauté allie à la fois le charme des photographies d'époque et la modernité du trait. Mais aussi un foisonnement de cases sans pour autant qu'il y ai un effet d'accumulation grotesques. Plutôt un souci du détail, le dessinateur s'attardant sur des images volées du corps des filles, comme si le lecteur voyait à travers un trou de serrure, renforçant l'érotisme voyeuriste de l'album. 


Pearl

 

Les arcanes de la Maison Fleury s'inscrit dans un genre à part, assez fécond pour devenir un style à lui tout seul, celui des maisons closes du XIXeme siècle. On repensera à L'Apollonide : souvenirs d'une maison close du réalisateur Bertrand Bonello ou encore à Lady Whitechapel de Nicolas Antona et Julien Motteler, une série en cours chez Clair de Lune extrêmement proche dans les thèmes et le traitement de Les arcanes de la Maison Fleury, même si moins portée sur le sexe. 

Au final c'est un album de grande qualité, prenant, bien réalisé, avec des personnages bien travaillés. Le seul regret c'est d'avoir l'impression de déjà connaître l'histoire mais il faut se rappeler qu'il ne s'agit que du premier tome et que beaucoup de mystères sont encore à découvrir dans les prochains.

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