Les Arcanes de la Maison Fleury 1, chronique d'une maison close affriolante

Publié le 05/05/2021

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Après avoir exploré plusieurs facette des pouvoirs de la féminité dans le très polisson Sous le paradis, Gabriele Di Caro développe plus généreusement son art avec Les Arcanes de la Maison Fleury, chronique d'une maison close affriolante où les pratiques des clients ne sont vraiment pas ce qu'il y a de plus inquiétant.

D'un album anthologique de dix petites histoires, souvent amusantes, Gabriele Di Caro change vraiment de dimension avec sa nouvelle création, et s'embarque dans un récit au long cours en trois tomes. Ici point de petites comédies sentimentales ou de fables délicieusement érotiques, mais un véritable récit, creusé et assez complexe, qui font se croiser les exactions d'un nouveau serial killer dans le sillon de Jack L'éventreur, l'enquête d'un détective au bout du rouleau, un beau photographe de sujets dénudés, un magicien trop doué pour son bien... Et naturellement les pensionnaires d'un luxueux lupanar, que vient de rejoindre Pearl, demoiselle tout en timidité et en naïveté, qu'a placé pour sa protection un élégant, mais pas forcément bien intentionné, notable. L'auteur développe son récit tranquillement, tissant peu à peu les fils qui relient se beau monde, laissant souvent entendre qu'il y a beaucoup plus à voir que ce qu'on nous montre (et pourtant qu'est-ce qu'on nous montre!) faisant un vrai effort pour donner à sa BD une dimension feuilletonnesque particulièrement réussie, avec ses petits effets de surprises bien sentis. Une lecture très agréable, dotée d'une atmosphère victorienne qui oscille entre le cruel d'un From Hell (quelques détails plus brutaux répondent présent) et une suavité plus proches de la cible initiale visée.

Service tout compris


Car comme Sous le paradis, Les Arcanes de la Maison Fleury T.1  est a réserver à un public averti. A la manière du Casino de Leone Frollo - auquel le trait fin des bouches et les postures, ressemblent beaucoup - Di Caro offre une belle reconstitution des maisons closes d'autrefois, insistant autant sur l'atmosphère feutrée et oitée par une palette de couleurs très douces, que sur les formes de leurs principales stars. Si les scènes de sexes sont évidemment frontales et sans détour, elles sont en définitive beaucoup moins nombreuses que les vrais planches érotiques, venant célébrer les courbes de ces dames. Des femmes ici toujours plantureuses, aux seins opulants et lourds, aux hanches pleines et définitivement féminines, constamment mises en valeurs par des poses mutines ou provocantes, des cadrages carressants et, il faut le dire, des vulves admirablement dessinées (ce qui n'est pas si fréquent). Un vrai amour pour les dames qu'il dessine, et auquel il donne une vraie personnalité, toujours prompte ici à reprendre le pouvoir qu'on leur a ravi. Ce sera apparement le cas avec la sublime Pearl, créature qui découvre ici ses premiers émois en observant les galipettes de ses voisines, et qui pourrait être capable de se faire obéir des hommes par un détour encore mystérieux. Entre sexualité reconquise et alégorie politique, Les Arcanes de la Maison Fleury pourrait s'averer des plus surprenants dans les tomes à venir.

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