Ruines : la version érotique de l’Apocalypse selon Riverstone.

Publié le 02/11/2020

Réputé pour sa collaboration avec Mandryka sur une adaptation érotique d'"Alice au Pays des Merveilles" ou sur participation de la 3D sur le film "Pola X" sélectionné au festival de Cannes, le polymorphe Riverstone revient pour un surprenant baroud d'honneur, à la fois lyrique et numérique, publiant enfin en album son récit réalisé en 2005 pour Bédé Adult'.

"Ruines", la version érotique de l'Apocalypse selon RiverstoneDe prime abord, l’auteur de cet album Riverstone ne vous dit peut-être rien, car ce Français a autant multiplié les contributions à la bande dessinée que les pseudonymes tout au long de sa carrière. Néanmoins, vous devez sans doute connaître sa version érotique d’Alice au Pays Merveilles publiée dans Charlie Mensuel en 1983 sur un scénario de Mandryka.

Par la suite, pour tout ce qu’il a signé sous le pseudo de Riverstone, l’auteur a continué dans cette voie : s’inspirant ou détournant des récits mythiques, mythologies voire même bibliques pour animer une opulente rousse (lorsqu’elle n’a pas blonde) vivant ses aventures en absence de toute pudeur. Citons entre autres Thamara et Juda qui raconte l’histoire d’une jeune vierge promise à Juda, fils aîné d’Israël ; Nagarya, une sculpturale jeune femme qui, dans un Eden paradisiaque, oublie les jalousies du passé ; mais aussi Chloé qui présente un monde futuriste où le sexe et la violence ont été banalisés.

La première planche de l’album
Ruines par Riverstone - Tabou

Ruines, l’album qui vient de paraître chez Tabou Éditions reprend une nouvelle fois ces thèmes privilégiés par l’auteur mais cette fois dans un univers fantastique où personnages et événements, inspirés par les mythes antiques, explorent les affres d’une apocalypse.

Evy, unique survivante, erre dans une monde détruit où les morts-vivants se disputent à de nouvelles races mutantes. Dans cet amoncellement de béton et de tiges d’acier tordues par le cataclysme, elle distingue heureusement un ange blanc venu du ciel : l’aviateur Wally qui descend doucement grâce à son parachute.

La rencontre entre Evy et Wally

Dans ce mélange d’émotions dues aux retrouvailles avec un autre être vivant sur cette terre dévastée, Wally et Evy laissent libre cours à de torrides effusions. Pour redonner vie à une humanité qui n’est plus ? Cette question devra être remise à plus tard, car un épais brouillard toxique descend sur eux, qui les pousse à s’aventurer dans les entrailles des buildings dévastés pour s’en protéger. Une véritable descente aux enfers débute...

Soyons honnêtes, nous avons trouvé que le début de cet album était plutôt décevant. Disproportionnée et presque décharnée, Evy ne parvient pas à subjuguer le lecteur, et si elle se détache habilement des décors apocalyptiques, on peine à comprendre comment les autres personnages sont sortis de son imagination si grossièrement esquissés. À se demander si l’auteur n’a juste pas pris la peine de les terminer pour préférer se consacrer au jeu de ses couleurs, effectivement très réussies.

Heureusement, le vent tourne grâce à la rencontre entre Evy et Wally. Dans un trois-bandes très cinémascope, Riverstone évite les gros plans vulgaires pour composer une vraie scène d’amour, à la fois burlesque et enlevée. Wally est-il l’incarnation du Mâle/Mal qui a perdu ses ailes d’ange dans un bannissement du paradis ? A-t-il lui-même déclenché cette apocalypse ? Riverstone préfère laisser les ultimes réponses à ces questions à ses lecteurs, distillant quantité d’informations référentielles et parfois humoristiques dans les dialogues entre les deux survivants de l’espère humaine, quelquefois entrecoupés de divers gémissements et bruits de succion. Un exercice à la fois improbable et réussi !

NB : cette photo ne rend pas honneur aux couleurs de Riverstone.

Dans toute cette scène, les deux jeunes gens sont d’une beauté confondante. Les larmes de joie qui coulent des yeux d’Evy sont superbes, tandis que les muscles de Wally sont soigneusement dessinés. On comprend en les lisant que ces planches correspondent à une progression artistique de l’auteur : sa technique évolue, même les visages changent, jusqu’à donner un aspect androgyne à un Wally à la beauté démoniaque.

Beaucoup plus érotique que pornographique, cette rencontre aux dialogues mi-lyriques mi-humoristiques se poursuit dans les profondeurs des entrailles de la terre. Connaissant le goût de Riverstone pour les mythes antiques, on y voit le parallèle à la descente aux enfers d’Orphée affrontant Hadès pour sauver la vie de son Eurydice.

Nouveau choc graphique pour le lecteur, car cette fois l’auteur a décidé de lancer dans le numérique pour raconter la suite de cette histoire ! Si les premières planches avec cette technique ont plus de mal à convaincre, c’est qu’elles ont été réalisées il y a plus de 15 ans ! Pourtant, très vite, Riverstone démontre tout son talent dans le traitement de ce nouvel outil : dans un noir absolu juste troué par la lumière d’une torche, une magnifique scène rend compte de ces capacités à mettre en valeur le corps humain.

In fine, même si l’ensemble de cet album n’est pas homogène, on prend un grand plaisir à la lecture de Ruines : pour les improbables réparties caustiques entre les personnages, mais surtout pour quelques planches digne des anthologies de la bande dessinée érotique, prise de risque d’un auteur qui s’essaye sans gêne dans tous les styles, parvenant à toujours à les dompter pour produire quelques cases splendides. Nous sommes sans doute ici dans l’apothéose artistique et érotique de Riverstone.

LIRE LA CHRONIQUE EN LIGNE !

Produits en rapport avec cet article

COMMENTAIRES

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Attention !

18 ans

Ce site contient des images réservées aux adultes.
Vous devez avoir au moins 18 ans pour entrer sur le site.