Les Vestiges d'Alice : Un roman qui laisse une impression indélébile, comme un tatouage sous la peau.

Publié le 13/10/2017

Alice et ses lapins ont bien changé. Son terrier et les pilules magiques aussi. Pour le lecteur, la pilule magique qui va l’emmener dans un monde étrange a la forme d’un livre. Un roman qui emporte  dans une tourmente urbaine où se mêlent amour, sentiments, violence, rébellion, quête d’humanité, de liberté et d’identité. Au centre de la violence sociale et policière, Henri, cet adolescent qui lutte contre le monde des adultes en refusant de laisser le café l’emporter sur le chocolat, refusant de laisser la société lui dicter son orientation sexuelle. Et puis il y a Gaël, Vincent, des jumeaux, Max, et leurs copains, qui cherchent leur place dans ce monde hostile et répressif, cherchent à vivre leur sexualité sans tabous ni jugements.

Les garçons sont beaux et leurs amours, contrariées. Le monde est sombre, et le discours dominant et normatif guette. On n’aime pas trop les garçons qui aiment les garçons, d’une manière générale. Et on ne se gêne pas pour leur rappeler… comme on n’aime pas trop les mamas noires ni tout ce qui pourrait déranger l’ordre établi. L’intégrité peut-elle l’emporter, peut-on continuer à rêver et sauter dans un terrier ? On ne révèle pas la fin d’un conte, car même les fées portent des baskets et fument des joints.

Il y a un peu de Larry Clark, un peu de David Lynch, un peu de Xavier Dolan, un peu de Poppy Z Brite dans ce premier roman qui laisse une impression indélébile, comme un tatouage sous la peau, sur les neurones. Il y a surtout beaucoup de Marc Kiska chez Marc Kiska. Sans doute n’est-ce pas un hasard si cet écrivain photographe parvient à invoquer ses scènes sous nos yeux, à les faire se dérouler avec un naturel déconcertant, comme si l’on savait parfaitement qui étaient ces gens que l’on apprend à connaitre au fil de la lecture. Comme si cet univers était tendrement familier. Quelles que soient nos luttes, quel que soit notre horizon, notre vie, nos préoccupations. Marc Kiska est un conteur. Un de ces artistes qui fait sortir le beau du sale, le délicat du cru, l’amour de la brutalité, le doux du trash, le poétique du cash. Bref : un artiste.

Tara LENNART

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