Un Bel été : un épi­sode de jeu­nesse qui lais­sera à coup sûr des sou­ve­nirs

Publié le 30/08/2016

Tout dou­ce­ment, l’été appro­che de sa fin, et une foule de ren­trées com­mence à mono­po­li­ser l’attention des médias. Sous quel­que épi­thète que celle-ci soit pla­cée, sco­laire, poli­ti­que ou encore lit­té­raire, tou­tes ses varian­tes sem­blent concou­rir à faire oublier les joies de la plage et la légè­reté esti­vale. Mais, avant de ran­ger son cla­vier au fond de sa Bauge afin de par­tir en vacan­ces à son tour et fina­le­ment goû­ter à ces mêmes plai­sirs, votre ser­vi­teur s’est pen­ché sur sa der­nière lec­ture esti­vale, une bande des­si­née éro­ti­que qui se place dans un entre-deux des plus char­mants : l’espace entre la fin des étu­des et les débuts d’une vie nou­velle à peine esquis­sée, un chan­ge­ment de codes qui se pro­file à l’horizon sans déjà être tan­gi­ble, espace hors temps favo­ra­ble à l’éclosion de tous les désirs et qui allie les char­mes de la jeu­nesse à ceux de la décou­verte de la vie en liberté – pro­vi­soire – sous le soleil et d’une sexua­lité épa­nouie – pro­vi­soire, elle aussi ? Et Marco Niz­zoli, des­si­na­teur ita­lien, a plei­ne­ment com­pris l’étendue du pari qu’il s’est lancé à lui-même en pla­çant ses plan­ches sous un titre dont la sim­pli­cité est l’expression même d’une joie de vivre réduite à une de ses expres­sions les plus élé­men­tai­res : Un bel été.

Éléna et Laura vien­nent donc d’obtenir leur bac, et elles s’apprêtent à par­tir en vacan­ces, un peu à l’improviste, pour fêter ça bien sûr, mais aussi pour, dans le cas d’Éléna, oublier un mec qui la méprise, et, dans celui de Laura, pour

se faire une tonne de mecs ! … Et même peut-être quel­ques kilos de fem­mes ! (p. 10)

Contrai­re­ment à Laura, décom­plexée, à l’esprit aven­tu­rier, et très por­tée sur les cho­ses du sexe, Éléna se révèle plu­tôt farou­che, à la limite oie blan­che, et il y a des situa­tions où le lec­teur se demande fran­che­ment com­ment Laura peut conti­nuer à sup­por­ter cette éter­nelle bou­deuse qui tient bien plus que de rai­son à son confort et se mon­tre tou­jours prête à pas­ser juge­ment sur autrui. Le moins qu’on puisse dire, c’est que son déniai­se­ment pré­sente un sacré défi pour la belle Laura et que celle-ci devra s’armer de patience et de l’art de la ruse pour venir à bout de ce spé­ci­men-là de la gent fémi­nine, spé­ci­men cer­tes très juteux, mais aussi « super coincé » (p. 43).

Laura, tête forte, ne renonce pour­tant pas et pour­suit son opé­ra­tion de séduc­tion, opé­ra­tion qui la conduira, au bout d’un cer­tain nom­bre d’aventures inter­mé­diai­res, tout droit entre les cuis­ses de la belle blonde. Qui en pro­fi­tera pour un chan­ge­ment de cap à pro­pos des choix qui orien­te­ront sa vie future.

Toute cette petite his­toire est ron­de­ment menée, et le des­si­na­teur – à l’image de sa Laura à sa proie atta­chée – ne se laisse pas dis­traire par les beau­tés envi­ron­nan­tes, l’attention entiè­re­ment foca­li­sée sur son jeune cou­ple d’aventurières en herbe et le par­cours d’Éléna. Celle-ci, plus encore que Laura, se trouve pla­cée sous les pro­jec­teurs, et c’est elle qui ouvre et qui clôt le récit. C’est elle aussi que le des­si­na­teur a choisi de pré­sen­ter la pre­mière, en la dévoi­lant dans toute sa beauté dans une suite de cli­chés, en train de poser devant son miroir afin de choi­sir les vête­ments de plage qui puis­sent la met­tre en valeur. Un pro­cédé qui s’apparente à une appro­che pho­to­gra­phi­que et dont Niz­zoli se sert par la suite pour mon­trer les jeu­nes filles en train de s’abandonner au plai­sir. C’est dans ce genre de scè­nes que son des­sin se met entiè­re­ment au ser­vice de ses modè­les, sou­li­gnant la beauté des for­mes fémi­ni­nes dans un jeu de lignes à l’économie par­ci­mo­nieuse. La contre­par­tie de ce pro­cédé étant un cer­tain flou dans le détail – que le des­si­na­teur a d’ailleurs l’air d’éviter. Et on doit avouer que, quand il se laisse quand même ten­ter – par un brou­tage de minou, par exem­ple – que le résul­tat est peu convain­cant, le minou en ques­tion res­sem­blant plu­tôt à un gant de toi­lette qu’à une ana­to­mie fémi­nine.

Le trait est sim­ple, en noir et blanc, avec très peu de varia­tions, ce qui tend à confé­rer un carac­tère sta­ti­que aux plan­ches, même là où le mou­ve­ment est impli­cite (les che­veux dans le vent, par exem­ple, ou encore les fel­la­tions). Il convient sans doute de voir dans le des­sin de Niz­zoli une varia­tion sur la ligne claire, sans cou­leur, les espa­ces blancs déli­mi­tés par des lignes très fines, avec une repré­sen­ta­tion assez sim­pli­fiée des per­son­na­ges opposé à plus de richesse quand il s’agit du décor. Un style qui n’est effec­ti­ve­ment pas sans rap­pe­ler, comme l’éditeur le sou­li­gne sur la 4ème de cou­ver­ture, celui de son com­pa­triote aîné, Milo Manara, mais avec une ten­dance à la sim­pli­fi­ca­tion par­fois cari­ca­tu­rale voire même gro­tes­que. L’usage du noir et blanc lui per­met tou­te­fois d’échapper à un effet de flou­tage à la Hamil­ton, un pro­cédé dont son blog ras­sem­ble quel­ques échan­tillons qui rap­pel­lent les for­mes vagues aux contours peu déter­mi­nées – comme pas­sées à la les­si­veuse – d’un sym­bo­lisme à la Redon.

Tout compte fait, Marco Niz­zoli tient sa pro­messe en livrant un épi­sode de jeu­nesse qui lais­sera à coup sûr des sou­ve­nirs. Des sou­ve­nirs qui, plus tard, se lais­se­ront résu­mer sous le titre sous lequel il a choisi de pla­cer son opus : Un bel été. Et la chute qu’il a su trou­ver pour cet épi­sode illus­tré de la vie de deux jeu­nes filles, conclu­sion qui ne serait pas dépla­cée dans une nou­velle en bonne et due forme, contri­bue à ren­dre cet été non seule­ment beau, mais mémo­ra­ble.

 

LIRE LA CHRONIQUE EN LIGNE !

COMMENTAIRES

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Attention !

18 ans

Ce site contient des images réservées aux adultes.
Vous devez avoir au moins 18 ans pour entrer sur le site.