L'Éveil de L'Ange, débridé et captivant

Publié le 16/12/2015

J’ai eu la chance de me voir offrir ce livre par les éditions Tabou. J’affectionne particulièrement leurs ouvrages uniques, aux sujets tabou (sans mauvais jeu de mots), écrits avec talent, le tout représenté par des couvertures splendides. J’avais déjà parlé ici de ‘La peur du noir‘ de Françoise Rey mais j’ai également lu ‘Ultime Retouche’, ‘Souvenirs Lamentables’ et ‘La femme de papier’ de la même auteure et de la même maison d’édition. Cependant, jusqu’ici, je ne connaissais pas Eva Delambre et je n’avais aucune idée de son style d’écriture. J’étais donc partagée entre ma méconnaissance de son travail et ma confiance aveugle en les éditions Tabou. Finalement, ma note parle d’elle-même, c’est encore une parution qui m’a conquise. Prenez du réalisme, une passion ardente, un très bon style d’écriture, un univers fascinant et vous obtenez un livre débridé captivant !

Le BDSM étant au coeur de cette histoire, je pense qu’il est important de préciser que l’auteure est elle-même ‘une soumise dans l’âme’ comme elle le dit. Depuis ‘Cinquante Nuances’, les romans érotiques du même style affluent, mais la qualité et le réalisme ne sont pas souvent au rendez-vous. Ici, nous avons un sincère partage de connaissance et des détails crédibles provenant de l’esprit d’une personne du milieu. Cela permet donc une découverte plus vraie de cet univers fascinant.
En effet, on est loin du fantasme erroné dont se nourrissent la plupart des lectrices friandes des romans érotiques de ce genre. Je ne pratique pas moi-même, mais ma soif de découvrir et d’apprendre m’a poussée à faire des recherches. Et même si je n’ai jamais eu la chance de pouvoir discuter réellement avec un(e) dominant(e) ou un(e) soumis(e) pour en apprendre plus, ‘L’Eveil de l’Ange’ me semble définitivement plus proche de la réalité que certains romans que j’ai lus.

L’histoire est racontée par Solange, à la première personne. Elle se dévoile progressivement au fil du récit et c’est à travers elle que le lecteur est initié à ce nouvel univers. Une phrase en particulier m’a marquée, dès le début : « Je voulais vivre entourée de mots et de livres ». J’ai su en la lisant, que j’allais me sentir très proche de ce personnage, qu’importe ces choix futurs.
Tristan est celui qui changera la vie de Solange à travers son histoire, puis ses actes par la suite. C’est un personnage qu’on apprend à connaître par le biais de ses récits mais qui garde un côté vraiment mystérieux et attirant. Son statut de Maître lui confère une aura que je trouve assez froide mais c’est ce qui le rend fascinant à mes yeux.

Il y a, dans ce livre, de vrais détails sur le ressenti de Solange qui découvre un nouvel univers, qui se découvre elle-même. La description de son éveil a quelque chose de pur et j’ai trouvé le passage du collier, le moment du changement, d’une grande beauté.
Différents points abordés ont été un réel plus pour moi, soit parce qu’ils étaient tabou et que personne n’en parle habituellement, soit parce qu’ils me semblaient plein de vérité. A travers ce roman, Solange est mise à nue, entièrement. Mais pas seulement elle, c’est une partie de l’humanité qui a été dévoilée. Des désirs inavoués que l’on tait par honte, des faits parfois inconnus… Il y a tant de vrai dans cette histoire que j’en ai été chamboulée.

Un autre point abordé est l’abnégation et cela m’a poussée à la réflexion. Tristan explique à diverses reprises qu’une véritable soumise, quelqu’un qui ne joue pas, s’offrira entièrement, que son propre plaisir l’indifférera et seul celui de son Maître aura de l’importance. Mais prendre plaisir à faire plaisir, au fond c’est aussi se faire plaisir à soi. Je ne pense pas que l’abnégation existe réellement dans cette situation, ni ailleurs. Je n’ai pas cette pensée uniquement pour la relation qu’à un(e) soumis(e) avec son Maître, je pense ainsi pour toutes choses.
Par exemple, je préfère offrir des cadeaux qu’en recevoir ou m’acheter quelque chose. Il n’y a pas de meilleure sensation pour moi que de faire plaisir à quelqu’un que j’aime. Est-ce de la gentillesse ? Je n’en suis pas certaine. Parce que je ne fais pas ça dans l’unique but de faire du bien, je le fais car cela m’apporte du plaisir, je suis heureuse de le faire. N’est-ce pas la même chose pour un(e) soumis(e) ? Peut-on parler de sacrifice lorsqu’on retire du plaisir à satisfaire son Maître ?
Voilà le genre de questions que je me suis posée au cours de ma lecture. Et pour être honnête, j’ai adoré ça. C’est le type de réflexion que j’aime avoir en lisant un livre. J’aime m’interroger sur l’univers, sur l’être humain, remettre ma propre existence en question, mes choix, mes goûts… C’est une expérience incroyable pour moi lorsqu’un livre m’entraîne dans de telles pensées comme cela a été le cas avec ‘L’Eveil de l’Ange’.

Pour revenir au livre en lui-même, l’auteure mentionne que la soumission n’est pas forcément d’ordre sexuelle et c’est un détail bien souvent omis dans la littérature érotique ayant le BDSM pour thème. En effet, la majorité se concentre uniquement sur l’aspect sexuel de la chose sans vraiment entrer en profondeur dans le sujet. J’aime définitivement l’honnêteté de ce livre.
Autre point qui m’a conquise, la préface. Ecrite par Maître Tesamo, elle m’a directement plongée dans le coeur du sujet et aussi courte soit-elle, elle m’a fait ressentir d’intenses émotions. Je trouve que c’est une très belle entrée en la matière qui annonce parfaitement la couleur. C’était également impressionnant car j’ai pu ressentir cet aura de Maître qui se dégageait de ses mots, tandis que la soumise en Eva Delambre m’apparaissait d’une certaine manière tout au long de son ouvrage. J’ai eu le sentiment de pénétrer en son âme, sans pudeur. Je pense qu’il faut beaucoup de courage pour s’ouvrir au monde à travers des mots.

Je vais conclure les points positifs en disant que j’ai aimé l’idée des citations à chaque début de chapitre et que j’apprécie fortement la manière dont Eva Delambre manie les mots. Elle a un style d’écriture très agréable à lire et j’ai été admirative de sa capacité à raconter de manières différentes : l’histoire principale, les écrits de Solange et les récits de Tristan. Les trois se différencient parfaitement et il me semble que c’est important de le préciser, cela montre son talent d’écriture.

Au niveau des points négatifs, il y en a peu. J’ai simplement relevé le cliché de la meilleure amie ‘parfaite’ que l’héroïne admire et deux ou trois petites fautes qui se sont glissées dans le livre. Rien de rédhibitoire. J’en parle juste par soucis du détail.

Concernant le type de lecteurs, je recommande ce livre aux curieux, aux personnes qui, comme moi, sont avides de découvrir le monde dans son intégralité. Bien entendu, ‘L’Eveil de l’Ange’ sera parfait pour les lecteurs sans préjugé qui ont simplement envie de vivre une aventure excitante et riche en émotions, au milieu de relations complexes. Et comme on peut s’y attendre, il est préférable de passer son chemin si on ne se sent pas prêt à accepter les différences et qu’on a tendance à juger un peu facilement ce qui semble sortir de notre normalité.

Quoi qu’il en soit, je me pose encore beaucoup de questions. Le BDSM reste un univers fascinant, qu’on pratique ou non, et même si je suis bien loin de tout savoir, je pense que ce livre m’a permis d’en apprendre plus et de comprendre un peu mieux certaines choses. J’ai vu qu’un second tome était prévu et je suis curieuse de savoir comment la relation de Solange et Tristan évoluera, mais également de continuer à expérimenter une multitude d’émotions à travers l’héroïne. Ce fût un début d’aventure enrichissant et très intéressant !

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