La Peur du Noir, roman unique et fascinant

Publié le 16/12/2015

Un roman unique publié par un éditeur qui porte un nom adapté, Tabou. Parce que oui, des sujets tabous y sont dépeints et la lecture de cette histoire ne peut laisser personne indifférent. ‘La peur du noir’ a fait une pression forte sur mon cœur, j’avais le sentiment d’étouffer au fil de ma lecture. Le fait que je sois nyctophobe a pu amplifier ce sentiment… Mais malgré ces horribles sentiments qui faisaient rage à l’intérieur de mon cœur je dois avouer que j’ai trouvé ce roman fascinant.

Il y a très peu de personnages dans ce roman, je dirais deux principaux, un ou deux secondaires et quelques figurants mais là encore, très peu. Toute l’histoire tourne autour de Jeanne et Roland bien que Claire et le bébé soient des personnages importants puisque c’est leur existence et le lien qui les unit aux personnages principaux qui rendent cette histoire limite obscène et malsaine.
Jeanne est une femme mature, la mère de Claire, victime du temps elle a de grandes difficultés à aimer le reflet que son miroir lui renvoie. Roland est son gendre, le mari de Claire, un artiste qui semble avoir perdu la tête en apprenant que son bébé ne serait peut-être jamais en mesure de voir. C’est Roland qui entrainera Jeanne dans une relation cruelle. Une relation où la vue n’a pas sa place et où les quatre autres sens combleront l’absence de lumière pour Roland.

Il est difficile pour moi de séparer les points positifs des négatifs car chaque élément se trouve dans les deux catégories, à mon sens. J’ai particulièrement aimé le fait de vivre l’histoire ‘les yeux fermés‘ et de découvrir avec ces deux amants les autres sens trop souvent oubliés. Cela m’a fait réaliser que nous nous concentrions trop souvent sur ce qui est visible sans nous rendre compte que ce que nous voyons n’est pas toujours une bonne chose. Le point dérangeant de la chose c’est que contrairement à ce que la quatrième de couverture laisse penser, Roland choisit de ne plus voir. Bien sûr ses intentions sont pures — même si elles ne sont pas forcément décrites comme telles — mais cela reste quelque chose de dérangeant de voir un homme se rendre volontairement aveugle quand d’autres donneraient n’importe quoi pour recouvrer la vue ou découvrir l’effet que ça fait de voir.
Le plus malsain et en même temps le plus intéressant de cette histoire c’est cette relation entre la belle-mère et son gendre. Imaginez votre mère au lit avec votre partenaire, avouez que c’est franchement horrible pas vrai ? Ce n’est pas le problème de l’âge mais bien le fait qu’elle soit la mère de Claire qui est dérangeant. Une mère ne peut pas, ne doit pas faire quelque chose comme ça à son enfant, ça ne fait pas partie du contrat invisible mère/fille. Alors oui j’avoue avoir été légèrement choquée par cette relation mais paradoxalement Jeanne est une femme avant d’être une mère. C’est en réalisant ça que j’ai réussi à continuer ma lecture sans porter de jugement. Par ailleurs après avoir lu plusieurs romans de Françoise Rey je ne m’étonne plus de rien, cette auteure a un don pour parler de sujets tabou (mention spéciale à ‘Ultime Retouche’, de la même édition, allier la mort et le sexe, encore quelque chose d’unique).

L’histoire est vraiment unique — je pense que c’est parce que l’auteur a un esprit unique elle aussi — et provoque des sensations extraordinaires. Je recommande aux gens de lire ce roman, c’est une histoire qui pèse lourd sur notre cœur au fil de la lecture, à cause de ce que j’ai mentionné plus haut mais aussi en raison des descriptions plutôt extrêmes, sexuellement parlant. Mais je reste convaincue que ‘La peur du noir’ est une aventure personnelle extraordinaire. C’est comme vivre l’interdit à travers le papier, c’est malsain mais ça reste une expérience à vivre ne serait-ce que pour l’excellente exploitation des quatre sens, l’odorat, le toucher, l’ouïe et le goût.
Je déconseille cependant ce roman aux personnes dont la droiture ferme l’esprit, pour lire ce roman je reste persuadée qu’il faut plus qu’être simplement ouvert d’esprit, il faut s’accrocher émotionnellement. Parce qu’un livre ce n’est pas juste du papier, c’est un endroit dans lequel vous allez vous plonger et les sentiments écrits dedans viendront envahir votre être. Alors votre lecture risque de ne pas être agréable si vous n’êtes pas capables d’endurer la folie de cet ouvrage.

En dépit de tout, j’ai mis cinq étoiles à ce roman. A lire mon avis on pourrait penser que je n’ai pas apprécié mais c’est tout le contraire. Je n’approuve pas une relation de ce genre mais je ne peux nier avoir été fascinée par ‘La peur du noir’ et pour avoir réussi à me faire ressentir tant de choses sans me dégoûter, je ne peux que donner la note maximale à ce roman qui jusqu’ici est mon préféré de Françoise Rey. Cela peut sembler fou mais ce roman est un de mes préférés, oui je pense que c’est fou. Disons simplement que la folie dépeinte dans les lignes de ce récit aura eu raison de moi.

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